Grande-Bretagne : l'ex-espion russe visé par une attaque à l'agent innervant

Sergei Skripal lors de son procès à Moscou, le 9 août 2006 / Crédit : Moscou Kommersant/Yuri Senatorov via REUTERS

Moscou dément toute implication dans cette affaire.

Il y a bien eu tentative de meurtre pour la police britannique. L’ancien agent double russe Sergueï Skripal et sa fille Ioulia, toujours hospitalisés dans un état grave, ont bien été la cible d’un empoisonnement prémédité. Le patron de la lutte antiterroriste britannique, Mark Rowley, a précisé que les deux victimes avaient en effet été intoxiqués à l’aide d’un agent neurotoxique :

“Cela est traité comme un événement majeur impliquant une tentative d’assassinat par l’administration d’un agent neurotoxique”

Selon The Sun, seuls quelques laboratoires dans le monde seraient capables de confectionner cet agent innervant. Dimanche, un ex-agent double russe et sa fille Ioulia ont été retrouvés inconscients sur un banc devant un centre commercial de Salisbury, dans le sud de l’Angleterre. Sergueï Skripal, 66 ans, et Ioulia, 33 ans, aurait été exposés à une substance non identifiée. Dans un état critique, ils ont tous les deux été hospitalisés.

L’ombre Russe

L’affaire a pris une tournant diplomatique mercredi. Le gouvernement britannique a convoqué mercredi un comité “Cobra”, un dispositif mis en place en cas d’urgence nationale. Par ailleurs, Scotland Yard recherche toutes personnes ayant fréquentées deux endroits de la ville où les ressortissants russes se seraient rendus, dans une pizzeria et dans un pub, le Bishop’s Mill. Bien que les services anti-terroristes ont affirmé étudier toutes les pistes, le ministre des Affaires étrangères Boris Johnson a déjà pointé du doigt la Russie, une “force néfaste et perturbatrice dans bien des aspects” :

“Si l’enquête démontre la responsabilité d’un État, le gouvernement répondra de façon appropriée et ferme”

Moscou s’insurge

Mise en cause, Moscou a vivement réagi en démentant tout rôle dans cette affaire, à travers la porte-parole du ministère russe des Affaires étrangères, Maria Zakharova.

“Il est très difficile de ne pas y voir une sordide et provocatrice opération de communication destinée à compliquer les relations entre nos deux pays”

Un air de guerre froide

Sergueï Skripal, qui avait fourni au MI6 (services secrets britanniques) les noms de dizaines d’agents russes, est un ex-colonel du GRU (services russes de renseignement militaire). Arrêté en 2004 et condamné en 2006 à treize ans de prison pour trahison, il a été gracié en 2010 par Dmitri Medvedev, alors président, puis échangé la même année avec dix espions russes détenus aux Etats-Unis. Cet échange avait été organisé dans le plus pur style de la guerre froide sur le tarmac de l’aéroport de Vienne où deux avions russe et américain s’étaient rangés côte à côte afin de faciliter le transfert des agents.

Un écho à l’affaire Litvinenko

Cette histoire rappelle étrangement celle de l’affaire Litvinenko, du nom d’un ancien agent du KGB mort empoisonné à Londres en 2006 après avoir été empoisonné à l’aide d’une substance radioactive, le polonium 210. Les enquêteurs britanniques ont conclu que la Russie était bien impliquée et que le meurtre avait même probablement été approuvé par le président Vladimir Poutine. Le Kremlin avait nié avoir joué le moindre rôle dans cette affaire qui a fortement tendu les relations russo-britanniques.