Affaire Omar Raddad : de nouvelles traces ADN renforcent le mystère

La maison de Ghislaine Marchal à Mougins, AFP

Le mystère autour du meurtre de Ghislaine Marchal il y a 25 ans s'épaissit encore. Selon le procureur de Nice, les traces ADN découvertes sur les lieux du meurtre ne correspondent ni à celles d'Omar Raddad, ni à d'autres suspects potentiels cités par l'avocate de ce dernier.

Ces empreintes ont été découvertes sur un chevron et deux portes sur lesquelles avaient été écrit avec le sang de la victime : “Omar m'a tuer” et “Omar m'a t”.

Reste maintenant à comparer ces traces ADN avec le Fichier national automatisé des empreintes génétiques (FNAEG), mais aussi avec celles d'autres personnes de l'entourage de Ghislaine Marchal, retrouvée tuée à coups de couteau le 23 juin 1991

“On va aller au bout du possible” de cette procédure, a déclaré le procureur de Nice Jean-Michel Prêtre, ce lundi.

Ces dernières  analyses avaient été réclamées par Omar Raddad et son avocate, Sylvie Noachovitch, afin de tenter d'obtenir un nouveau procès pour le jardinier condamné en 1994 à 18 ans de réclusion criminelle, libre depuis une grâce présidentielle mais jamais blanchi.

Rappel des faits :

Le dimanche 23 juin 1991, le corps de Ghislaine Marchal est retrouvé par les gendarmes dans la cave d'une dépendance de sa villa, sur les hauteurs de Mougins, dans les Alpes-Maritimes.

Sur la scène de crime, deux messages écrits avec le sang de la victime accusent le jardinier marocain de 29 ans, Omar Raddad. Ghislaine Marchal a-t-elle livré dans un dernier souffle, avec son sang, le nom de son assassin ?

Ces inscriptions lancent les enquêteurs sur les traces d'Omar Raddad. Depuis six ans, Ghislaine Marchal emploie ce jardinier marocain de 29 ans. Interpellé quatre jours après le meurtre, dans sa maison à Toulon, il est inculpé d'homicide volontaire et écroué à la maison d'arrêt de Grasse. Durant son interrogatoire, Omar Raddad n'a de cesse de clamer son innocence.

Au cours du procès qui se tient à la cour d'assises de Nice, deux experts en graphologie affirment que Ghislaine Marchal est bien l'auteur des inscriptions et désignent le jardinier comme le meurtrier. Les enquêteurs situent l'heure du crime entre 11h00 et 13h00. Or, l'alibi fourni par le jeune Marocain, au moment du drame, n'est pas confirmé par les témoins qu'il cite.

Pour l'accusation, Omar Raddad a un excellent mobile : ses difficultés financières. Enfin, les enquêteurs affirment que le matin du crime, l'accusé avait réclamé une avance sur salaire, refusée par la victime.

Jacques Vergès, ténor du barreau, est l'avocat d'Omar Raddad. Il affirme à la cour que le jeune Marocain est victime d'une mise en scène. Aucun indice, ni aucune trace de sang sur ses vêtements ne prouve la présence d'Omar Raddad sur les lieux du crime. Pour maître Vergès, le véritable meurtrier se serait servi de la main de Ghislaine Marchal pour faire accuser le jardinier. Des éléments qui ne convainquent pas les jurés.

Le 2 février 1994, la cour d'assises de Nice condamne Omar Raddad à 18 ans de réclusion criminelle pour le meurtre de Ghislaine Marchal.

Les médias se passionnent pour l'affaire Raddad. À l'issue du procès, maître Vergès prononce cette phrase: « Il y a 100 ans on condamnait un officier car il avait le tort d'être juif, aujourd'hui on condamne un jardinier car il a le tort d'être maghrébin. » Des intellectuels prennent fait et cause pour le jardinier et l'opinion publique est partagée.

Régulièrement, des enquêtes à charge ou à décharge paraissent sur le sujet. L'affaire prend une tournure internationale. Hassan II, le roi du Maroc, pays d'origine d'Omar Raddad, demande la clémence du président Jacques Chirac. Ce dernier accorde une grâce présidentielle partielle le 10 mai 1996.

Omar Raddad est libéré le 4 septembre 1998 après avoir purgé une peine de 7 ans et 8 mois d'emprisonnement. Mais aux yeux de la justice, il reste coupable.

Omar Raddad clame toujours son innocence. L'ancien jardinier, réclame un second procès que la justice française refuse de lui accorder. « Je suis libre physiquement, mais, dans ma tête, je suis toujours en prison » expliquait-il au Journal du Dimanche en juillet 2010.