Attentats : "Mais pourquoi les musulmans ne descendent-ils pas dans la rue pour manifester ?"

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Attentats : "Mais pourquoi les musulmans ne descendent-ils pas dans la rue pour manifester ?"

Après chaque attentat perpétré par le groupe Etat islamique, la question, souvent chargée en arrière-pensées, revient : “Mais pourquoi les musulmans ne descendent-ils pas dans la rue pour dénoncer les attaques terroristes ?”. Excédé, l'auteur et réalisateur Ismaël Saidi a voulu répondre. Une bonne fois pour toutes.

“Mais pourquoi les musulmans ne descendent-ils pas dans la rue pour dénoncer les attaques terroristes ?”. A chaque attentat perpétré par Daesh, c’est la même question qui revient. Au fil des commentaires nichés sous les articles publiés par la presse, au détour d’un verre, voire parfois dans la bouche de certaines personnalités médiatiques, la fameuse interrogation, lourde en sous-entendus, se veut perfide.

Ce qu’il faut y lire en filigrane : si les musulmans ne manifestent pas, alors c’est qu’ils consentent.

“Au nom de l’humanité”

Exemple : quelques jours après les attentats de Charlie Hebdo, l’écrivain et chroniqueur Yann Moix exigeait devant les caméras que les musulmans manifestent et condamnent les attentats. Contacté par l’Obs à l’époque, Youssef Seddik, philosophe et anthropologue spécialiste de la Grèce et du Coran, offrait déjà un élément de réponse : “Nous sommes effarés, nous sommes hors de nous, expliquait-il, mais nous n’avons pas à nous justifier en tant que musulmans. Pourquoi s’adresser à nous ? Nous sommes comme vous. Qui vous dit que je ne suis pas athée ? D’ascendance musulmane, mais athée ? (…) Dès que j’ai appris ce qui s’était passé, j’ai téléphoné à mon ami François Gouyette, ambassadeur de la France en Tunisie. Je lui ai fait part de ma sympathie. Mais je l’ai fait au nom de mon humanité”.

Bien entendu, la question a de nouveau refait surface après les attentats de Paris et, plus récemment, ceux de Bruxelles. La fois de trop pour Ismaël Saidi. Auteur et réalisateur, l’homme a récemment signé “Djihad”, une pièce de théâtre qui revient, comme l’écrit Le Monde, sur “les aventures tragi-comiques de trois paumés qui ne jurent que par Allah même si aucun n’a lu le Coran”. En sensibilisant avec humour sur un sujet grave – la radicalisation des jeunes – Ismaël Saidi a remporté un franc succès en Belgique où 40.000 spectateurs sont déjà venus assister à l’une des 110 représentations données.

Réponse fleuve

Alors, pourquoi les musulmans ne manifestent-ils pas ? Pour clore le débat, Ismaël écrit sur sa page Facebook :

“Pourquoi les musulmans ne descendent pas en masse dans la rue pour condamner ? Parce que nous sommes en train de conduire les taxis qui ramènent gratuitement la population chez elle depuis hier…Parce que nous sommes en train de soigner les blessés dans les hôpitaux… Parce que nous conduisons les ambulances qui filent comme des étoiles sur nos routes pour essayer de sauver ce qu'il reste de vie en nous…Parce que nous sommes à la réception des hôtels qui accueillent les badauds gratuitement depuis hier…

Parce que nous conduisons les bus, les trams et les métros afin que la vie continue, même blessée… Parce que nous sommes toujours à la recherche des criminels sous notre habit de policier, d'enquêteur, de magistrat… Parce que nous pleurons nos disparus, aussi… Parce que nous ne sommes pas plus épargnés… Parce que nous sommes doublement, triplement meurtris… Parce qu'une même croyance a engendré le bourreau et la victime… Parce que nous sommes groggy, perdus et que nous essayons de comprendre… Parce que nous avons passé la nuit sur le pas de notre porte à attendre un être qui ne reviendra plus… Parce que nous comptons nos morts… Parce que nous sommes en deuil… Le reste n'est que silence”.

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