Fos-sur-Mer : la pollution industrielle contamine les aliments, selon un rapport

Illustration plage Fos-sur-Mer – AFP

Les sites industriels de Fos-sur-Mer contamineraient les produits locaux selon une association qui a effectué de prélèvements pendant plusieurs années.

C’est une question qui taraude et angoisse les habitants de Fos-sur-Mer (Bouches-du-Rhône)  : est-ce dangereux pour la santé d’habiter leur ville, située à proximité d’une vingtaine de sites industriels classés Seveso (incinérateur de déchet, raffinerie, usine chimique…) ? Ce lundi soir, l’Association de défense et de protection du littoral du golfe de Fos (ADPLGF) va en partie répondre à cette question, en dévoilant les résultats inquiétants d’une enquête menée sur des produits alimentaires locaux.

Des prélèvements sur sept produits locaux

Le Monde a pu consulter les résultats de l’enquête et en publie certains résultats. Des prélèvements ont été effectués entre 2009 et 2015 sur sept produits certifiés (taureau de Camargue, mouton de Crau, fromages de chèvre, œufs de poules élevées en plein air, moules de Carteau à Port-Saint-Louis-du-Rhône, huile d’olive et foin de Crau) et des poissons du golfe.

Des teneurs en dioxines et en PCB bien plus élevées que sur le reste du pays

Et les résultats sont sans équivoque : concernant la teneur en dioxines (considérés comme cancérogènes) sur la viande de taureau, par exemple, sur les huit prélèvements effectués, deux dépassaient le seuil réglementaire en dioxines alors que sur 318 essais effectués sur l’ensemble du pays, un seul était excessif. Idem pour les œufs, la moitié des quatre prélèvements réalisés dans la région de Fos ont des dépassements contre un seul sur les 204 essais effectués dans tout le pays…

Idem pour les PCB (polychlorobiphényles), des perturbateurs endocriniens toxiques pour le développement cérébral et classés cancérogènes probables : ils sont présents à des doses élevées dans les moules, poissons, les œufs et la viande bovine de la région, affirme l’association.

Plus de cancers ?

“L’objectif de cette étude n’est pas de détruire les éleveurs de taureaux ou de moules” (…) “Ils sont des victimes, au même titre que tous ceux qui ont des cancers à Fos ou à Port-Saint-Louis”, déclare Daniel Moutet, le président de l’ADPLGF.  L’association souhaite que les habitants de Fos-sur-Mer s’associent à leur démarche judiciaire en déposant au civil des requêtes individuelles pour troubles anormaux du voisinage.

L’association veut porter plainte contre X pour mise en danger de la vie d’autrui. La mairie de Fos-sur-Mer lui a déjà apporté son soutien : “Depuis quinze ans, on réclame en vain une vraie étude épidémiologique pour savoir si, effectivement, comme tout le monde le dit, il y a plus de cancers ici. Il n’y a même pas de registre des cancers dans le département”, déplore René Raimondi, maire de Fos-sur-Mer depuis 2004.

Une étude indépendante franco-américaine (Fos Epseal), financée par l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses) avait déjà suggéré que la prévalence des cancers, du diabète de type 1 et de l’asthme était bien supérieure aux moyennes françaises.

A ce sujet, l’Agence Régionale de Santé (ARS) doit rendre le résultat d’une large étude fin 2018.