Hongrie : la dérive populiste face à l'Europe

Et de 3 ! Avec la large victoire de son parti aux élections législatives du 8 avril dernier en Hongrie, le premier ministre Victor Orban est assuré de rester au pouvoir encore 4 années de plus. L’Europe n’en a visiblement pas fini avec le populisme.  

Les Hongrois considèrent aujourd’hui, selon une enquête Eurobaromètre, que l’Union européenne doit avant tout protéger ses citoyens contre : la pauvreté et l’exclusion, les migrations incontrôlées et le terrorisme. 

Orban : l’homme fort face à l’extrême-droite

L’immigration, c’était l’un des enjeux des législatives. Victor Orban qualifiant les réfugiés : “d’envahisseurs musulmans” et les assimilant à des “terroristes”… Pour Charles de Marcilly, responsable du bureau de Bruxelles de la Fondation Robert Schuman, c’était une carte très facile à jouer : “vous avez une opposition qui est complètement sclérosée. Victor Orban a bloqué toutes les contestations possibles que ce soit les médias, que ce soit la société civile, que ce soit les contre-pouvoirs. Donc on est vraiment sur une approche autocratique du pouvoir. Et puis là, vous avez un ennemi qui est facile. Déjà parce que vous avez assez peu de migrants en Hongrie, parce que c’est pas constitué, c’est pas organisé, parce que l’autre force politique, c’est le Jobbik (l’extrême-droite, très très dure) et dans ce contexte là, Victor Orban pouvait paradoxalement arriver comme celui qui était un peu l’homme fort, qui allait redonner confiance aux Hongrois. Mais, il a aussi mis au coeur de sa stratégie le volet économique, pour redonner confiance aux entreprises hongroises alors qu’il a besoin des entreprises étrangères parce que ce sont elles qui sont sources de croissance pour lui.”

La Hongrie et les valeurs de l’Europe

Un mur anti-migrants entre la Hongrie et la Serbie, des médias mis au pas, des attaques contre les ONG… La Hongrie est-elle toujours compatible avec les valeurs de l’Union européenne ? “L’Union européenne s’est posée la question en 2012, rappelle Charles de Marcilly. Et, elle s’est aperçue qu’elle n’avait pas les outils pour pouvoir y répondre.

A partir de 2014, elle a lancée un processus qui existait déjà dans le Traité, c’est l’article 7, qui aujourd’hui est mis en application pour la Pologne, où on essaie de dire “attention, vous franchissez des lignes rouges” sur justement l’équilibre des pouvoirs, l’indépendance de la justice, les médias… vous avez un ensemble de critères qui répondent aux valeurs européennes. Mais Orban est assez malin. Il le fait dans son Etat mais, ne va pas ici le clamer quand il vient à Bruxelles pour dire “je fais ce que je veux”… il fait en effet ce qu’il veut mais il évite de tendre l’élastique pour qu’il casse. Alors que les Polonais tendent l’élastique et le font casser.” 

Orban sous la protection de la droite européenne

Et puis, comme le souligne le responsable du bureau de Bruxelles de la Fondation Robert Schuman, : “il y a un deuxième élément à prendre en compte, c’est que Orban appartient à la famille du PPE, la première force politique au niveau de l’Union européenne, ce qui n’est pas le cas du gouvernement Polonais qui appartient aux conservateurs, avec les britanniques, ce qui n’est plus une force politique significative, et donc là, il y a quand même une protection aujourd’hui de la droite européenne vis à vis du comportement d’Orban. On peut aussi penser au futur comportement des autrichiens, vous avez une coalition de la droite avec l’extrême-droite. Et donc, on voit que très clairement la droite, aujourd’hui, bascule, ou en tout cas, penche d’avantage vers la droite très dure que vers la droite modérée.”