INFO M6 - Babacar : "J’ai revu France Gall en 2015"

Babacar et le journaliste M6 Jean-Baptiste Brunaud

Ces trois syllabes résonnent encore pour des millions de fans de France Gall. “Ba-Ba-Car”, la chanson de toute une génération, d’une époque. Celle des grands défis humanitaires contre la famine, la pauvreté, la prise de conscience par des artistes, que l’Occident devait aider l’Afrique. Mais qui est Babacar ? Où est-il ?

France Gall a rencontré en 1986 celui qui n’était encore qu’un bébé de manière fortuite, lors d’un séjour au Sénégal. Fatou, une mère désespérée et sans ressources, lui a demandé de prendre son fils pour le ramener en France. Plutôt que de séparer l’enfant de sa mère, France Gall a proposé une formation de couturière à la maman. Celle-ci ne l’a pas poursuivie, rompant de fait le contrat moral entre les deux femmes.

Un visage qui hante l’artiste

Mais le visage de l’enfant n’a cessé de hanter l’artiste. De retour à Paris, France Gall et Michel Berger signaient l’album “Babacar” en 1987. Succès fulgurant suivi d’une tournée triomphale. Les années passent. France Gall poursuit sa carrière. Elle connait des joies et de grandes douleurs :  la mort de Michel Berger et de sa fille. Les contacts sont devenus inexistants entre France et la mère de Babacar, rentrée dans son village de Gandiaye, à 170 km à l’est de Dakar.

Babacar, 32 ans, agent de sécurité

Son fils est devenu un homme, âgé aujourd’hui de 32 ans, agent de sécurité dans une ville voisine. Près d’un mois après la mort de France Gall, nous l’avons retrouvé dans la cour de la maison familiale, accompagné de sa mère. Après tant d’années sans la voir, il a pu rencontrer France Gall une dernière fois en 2015.  Interview exclusive.

De notre envoyé spécial à Gandiaye (Sénégal)

Alors c’est bien vous Babacar ?

Oui, je m’appelle Babacar Sall. Je suis né le 25 décembre 1985 ici à Gandiaye. Le fameux Babacar que tout le monde a cherché, le voici enfin devant vous. Mon histoire avec France est une rencontre incroyable. Je suis convaincu que le hasard n’existe pas. C’est le destin. Elle a traversé combien de villes, combien de régions, combien de pays avant de rencontrer le petit Babacar ?

Comment avez-vous vécu le décès de France Gall ?

Ça a été vraiment un choc quand j’ai appris la nouvelle ! Ce qui m’a fait mal, c’est que je n’ai pas pu assister à ses funérailles. J’aurais aimé être invité par sa famille. Mais c’est comme cela. Je pense toujours à elle et je continue de prier pour elle. Son nom est gravé dans ma mémoire.

A quand remonte votre dernière rencontre ?

Ma dernière rencontre avec France remonte en avril 2015. Je l’ai rencontrée dans un restaurant sur l’île de Ngor, tout près de Dakar.

On avait perdu contact, elle était difficile à joindre, je ne pouvais pas facilement accéder à elle. Cela a été très difficile de la retrouver. Et puis enfin, on a pu se voir. Ça a été beaucoup d’émotion, je dois dire.

France s’est arrêtée à 5 mètres de moi, elle m’a fixé pendant un long moment et m’a dit : « j’ai vu ton père en te regardant ». Ce souvenir, je l’ai toujours en moi et ce sera pour la vie. Elle m’a dit ce jour-là que tous ses amis voulaient me connaître, qu’elle me rappellerait. Mais sa maladie est revenue. Je n’ai plus eu de nouvelles d’elle.

Vous savez que votre prénom représente quelque chose en France ?

Oui j’ai entendu tout cela. Un jour je viendrai en France et les gens me connaîtront.  Au Sénégal, on ne connaît pas mon histoire mais ici à Gandiaye, les gens me disent : “c’est le Babacar de France. Est-ce que tu as les coordonnées de France ?”.

Avez-vous des regrets aujourd’hui ?

J’aurais préféré un relation plus maternelle avec France. J’aurais tellement voulu mieux la connaitre, passer d’autres moments avec elle. Il y a certainement des gens qui se sont opposés entre moi et France.  Mais je ne suis pas un homme en colère. Vous n’avez qu’à demander à mes amis. Je considère que ma vie ressemble à celle de beaucoup de Sénégalais (Babacar est agent de sécurité). J’espère venir en France bientôt et rencontrer Raphaël, le fils de France. Nous sommes un peu comme des frères.

Propos recueillis par Jean-Baptiste Brunaud.

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