Présidentielle : ce qu’il faut retenir du premier “grand débat”

AFP

Les cinq principaux candidats à la présidentielle se retrouvaient lundi soir pour un débat inédit et accroché, à moins de cinq semaines du premier tour.

C’était une affiche pleine de promesses. François Fillon, Benoît Hamon, Marine Le Pen, Emmanuel Macron et Jean-Luc Mélenchon, soit cinq des onze candidats à l’élection présidentielle, réunis pour la première fois dans un débat à 34 jours du premier tour.

D’emblée, François Fillon a regretté que n’aient pas été invités les onze candidats à l’élection présidentielle au débat télévisé : “Nous sommes 11 candidats, il y en a cinq ici, cela pose une question démocratique”, a affirmé en préambule le candidat des Républicains. Une opinion ensuite partagée par Emmanuel Macron et Marine Le Pen.

Les échanges étaient chapitrés en différents thèmes. Malgré des divergences de fond sur l’école, l’immigration et la sécurité; force est de constater qu’une certaine cordialité régnait sur le plateau après une heure d’échanges entre les principaux prétendants à la présidence. C’est sur la question de la laïcité et du voile que le débat à véritablement sursauté.

“Je ne vous fais pas parler et je n’ai pas besoin d’un ventriloque”

“Je ne vous fais pas parler et je n’ai pas besoin d’un ventriloque”: accusé par Marine Le Pen d’être favorable au burkini, Emmanuel Macron a soudainement haussé le ton à l’adresse de la présidente du Front national. “Le piège dans lequel vous êtes en train de tomber, Mme Le Pen, par vos provocations, c’est de diviser la société”, a-t-il ajouté, avant d’accuser la dirigeante d’extrême droite de faire des Français musulmans des ennemis de la République.

Emmanuel Macron a dû subir un peu plus tard une charge de la part de Benoît Hamon sur la transparence des donateurs de la campagne du leader d’En Marche!. Passe d’armes entre les deux hommes et réponse du créateur d’En Marche! “J’ai lancé un mouvement politique qui renouvelle vraiment la vie politique” et davantage dépendant des dons faute de subventions, a fait valoir Emmanuel Macron. Des dons allant de “1 à 7.500 euros”, comme le “prévoit la loi”, avec “32.000 personnes qui ont donné” et un “don moyen” de “50 euros”, a-t-il poursuivi.

Jean-Luc Mélenchon n’a manqué, non sans ironie, d’appuyer sur les dissensions entre les anciens ministres du quinquennat Hollande: “C’est bien qu’il y ait un débat à l’intérieur du PS”, déclenchant les rires de la salle.

Marine Le Pen “droguée aux faits divers”

Benoît Hamon a aussi ciblé régulièrement une Marine Le Pen “droguée aux faits divers” et accusée d’alimenter un “débat nauséabond” sur l’école.  Relativement effacé dans un premier temps, François Fillon a quant à lui attaqué ses concurrents sur le fond. “La seule réponse apportée (par ses concurrents), c’est toujours plus d’effectifs”, a dénoncé l’ancien Premier ministre au sujet de l’école et de la sécurité.

“Personne n’a jamais construit 40.000 places de prison en cinq ans”, a-t-il lancé à l’adresse de Marine Le Pen. La présidente du FN a fermement répliqué au candidat de la droite, lui rappelant qu’il proposait dès 2006 l’abaissement à 16 ans de la majorité pénale, et lui rappelant les “12.500 policiers et gendarmes supprimés” entre 2007 et 2012, lorsqu’il était Premier ministre.

Le Pen et Mélenchon en désaccord sur l’immigration

Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon se sont affrontés sur le thème de l’immigration la première voulant “couper toutes les pompes aspirantes”, le second fustigeant les “fantasmes” et prônant un meilleur accueil lors du débat présidentiel.

Le candidat de La France insoumise a d’abord jugé qu’au sujet de l’immigration, “à tout propos on agite des fantasmes et on propose toutes sortes d’épuisettes qui ont toutes des trous dedans”. “Les gens ne partent pas en immigration par plaisir. C’est un exil forcé”, selon M. Mélenchon.

Marine Le Pen a dit pour sa part vouloir “arrêter l’immigration, c’est clair”, “légale et illégale”. Pour cela, il faut “des frontières nationales – je ne vois pas comment compter sur la Grèce ruinée ou l’Italie submergée pour pouvoir maîtriser le flux qui arrive de manière ininterrompue”.

S’adressant directement à Jean-Luc Mélenchon, elle a estimé nécessaire de “mettre en place une politique dissuasive d’immigration”. “Vous croyez que les gens discutent de ça avant de partir?”, l’a interrompue Jean-Luc Mélenchon. “Evidemment que oui: on les comprend qu’ils veuillent venir. Ils gagnent en France, parfois sans travailler, cinq fois ou dix fois plus que chez eux”, a conclu la candidate d’extrême droite.

“Récompenser les vertueux”

Les affaires ont fini par faire leur apparition dans le débat d’idées. Et c’est Jean-Luc Mélenchon qui les a convoqué en appelant les électeurs à “récompenser les vertueux”, leur demandant de faire la différence entre ceux qui, parmi les candidats à la présidentielle, sont concernés par les affaires judiciaires, François Fillon et Marine Le Pen, et les autres, comme lui-même, Benoît Hamon et Emmanuel Macron.

“Ici, il n’y a que deux personnes qui sont concernées: M. Fillon et Mme Le Pen. Nous n’avons rien à voir avec tout ça, alors s’il vous plaît ne nous mettez pas dans le même sac”, a-t-il ajouté. Le candidat de La France insoumise a estimé qu’il n’était “pas interdit aux électeurs, sachant ce qu’ils savent parce qu’ils en savent beaucoup, de récompenser les vertueux et de châtier ceux qui leur paraissent ne pas l’être”.

Bien que fragilisé par une affaire d’emplois présumés fictifs de certains membres de sa familles, François Fillon a suggéré de mettre sur pied une commission chargée de faire des propositions en matière de transparence de la vie publique.

“Justice TGV”

La candidate FN à la présidentielle, elle-même mise en cause dans diverses enquêtes judiciaires, a dénoncé lors du premier débat présidentiel télévisé un “gigantesque problème d’intérêts privés qui s’invitent dans cette présidentielle, et qui vont peut être prendre la place de candidats qui auraient été élus”, visant implicitement l’ancien ministre de l’Economie.

Celui-ci a immédiatement dénoncé des “attaques ad hominem. Il y a une justice dans notre pays. Dieu merci, elle est indépendante et elle le montre. J’y tiens beaucoup et j’en renforcerai l’indépendance”, a-t-il dit.

“Ce que vous avez décrit, ce sont des conflits d’intérêts et ça se caractérise pénalement. Donc, soit ce que vous venez de faire Mme Le Pen, c’est de la diffamation, soit soyez plus précise et allez devant la justice de notre pays et, dans ces cas-là, la justice fera son office, comme elle est en train de le faire avec plusieurs candidats”, a encore dit le candidat d’En marche! Marine Le Pen a alors ironisé : “J’espère qu’elle sera aussi rapide que pour M. Fillon”. Ce à quoi ce dernier a ajouté : “Oui, c’est ce qu’on appelle la justice TGV”.

“Le vrai serial killer, c’est Marine Le Pen avec la sortie de l’euro”

C’est principalement sur les questions économiques que le candidat de la droite a marqué son désaccord avec la candidate du FN: “Le vrai serial killer, c’est Marine Le Pen avec la sortie de l’euro, une inflation galopante (…)”. Dans sa profession de foi d’introduction, François Fillon a dit vouloir être “le président du redressement national”, quand Marine Le Pen veut “être la présidente de la République française”, “mais vraiment”.

Jean-Luc Mélenchon, “dernier président de la Ve République”, mettrait fin à “la monarchie présidentielle”. Quand Emmanuel Macron a assuré porter “un projet d’alternance profonde avec de nouveaux visages, de nouveaux usages”, Benoît Hamon a promis d’être “un président honnête et juste”, “indépendant par rapport à l’argent et aux lobbies”.

“Avec M. Hamon, c’est 32 heures, le revenu universel dans un pays qui a 2.000 milliards de dettes, on rêve et chacun sait que ces promesses-là ne peuvent pas être tenues”, l’a taclé François Fillon.
Les affaires, qui ont occupé une large part de la campagne présidentielle avec l’affaire des emplois présumés fictifs de collaborateurs parlementaires dans la famille Fillon et celles des eurodéputés FN sont restées au deuxième plan.

Le Pen dénonce le “vide sidéral” de Macron

Autre temps fort, Marine Le Pen a accusé Emmanuel Macron, candidat d'”En marche”, de “vide absolu, sidéral” sur l’international. “Si vous n’avez pas compris que contrairement à vous je ne veux pas pactiser avec M. Poutine…” a aussitôt répondu M. Macron à l’eurodéputée FN.

Deux autres débats sont prévus d’ici au 23 avril. Et vous, lundi soir, quel candidat avez-vous trouvé le plus convaincant ?

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