SNCF : le statut de cheminot est-il si avantageux ?

Mis en cause par le rapport Spinetta, remis le 15 février au Premier ministre, le fameux statut de cheminot pourrait bien progressivement disparaître. Qu’en est-il réellement de ses prétendus avantages ?

“Cheminot un jour, cheminot toujours !”. Cet adage bien connu pourrait rapidement s’avérer caduc dans la réalité. Le gouvernement a lancé lundi le chantier explosif de l’avenir de la SNCF. Parmi les pistes évoquées dans le rapport commandé à l’ex-président d’Air France Jean-Cyril Spinetta, remis jeudi au Premier ministre, figure la disparition progressive du statut de cheminot à l’embauche, au profit de contrats de droit commun.

Une réforme qui pourrait bien mettre le feu aux poudres, les syndicats voyant cette perspective comme une attaque en bonne et due forme :

“Il faudra qu’on m’explique en quoi le statut des cheminots est la cause des problèmes et des incidents que rencontrent bon nombre aujourd’hui de voyageurs”, réagissait vendredi le leader de la CGT Philippe Martinez.

92 % des effectifs

L’occasion de faire le point sur ce que contient véritablement le document RH 0001, qui définit le contrat de travail des cheminots. Ce texte, qui concerne actuellement 92 % des effectifs du groupe public ferroviaire, soit environ 140.000 personnes, fixe l’essentiel des garanties collectives des cheminots : la rémunération et ses règles d’évolution automatique, le déroulement des carrières, la mobilité, les congés, le droit syndical, etc…

Que contient vraiment ce document qui fait tant fantasmer ses détracteurs ? Et est-il si avantageux ?

Un statut à vie ?

L’emploi à vie est effectivement garanti. Parmi les nouveaux recrutés récemment, 75% le sont sous statut et 25% en CDI.  Mais il y a une limite d’âge : il faut avoir moins de 30 ans à l’embauche pour bénéficier du statut.

Pour y parvenir, il faut passer par un stage d’”un an pour les salariés non cadres” et “de deux ans et demi pour les jeunes cadres”, nous dit la SNCF.

“Pendant cette période, le contrat de travail peut suivre les règles de licenciement si les attentes ne sont pas pleinement satisfaites.” (SNCF)

Une fois passée cette longue période d’essai, l’emploi est garanti. Le texte ne prévoit que trois cas de départ : démission, retraite ou radiation. Le licenciement, sauf en cas de faute grave, n’y est pas envisagé.

Les 8 % qui ne sont pas sous ce statut sont “contractuels”, en CDD ou CDI, et sont liés à la SNCF “par un contrat de travail conforme aux dispositions du Code du travail.” Les dispositions du rapport Spinetta viseraient ainsi à renforcer ce nombre.

Quel salaire ?

Les cheminots gagnaient en moyenne 3 090 euros brut mensuel en 2014 pour un temps complet, selon la SNCF.  Ce qui légèrement supérieur aux salaires moyens des Français dans leur ensemble : 2 912 euros brut en 2013, selon l’Insee. Mais la disparité des revenus est grande selon les fonctions occupées, nous rappelle le groupe public :

“Un contrôleur en début de carrière gagne 1 850 euros brut par mois, un conducteur en début de carrière, 2 062 euros brut, et en milieu de carrière, 2 896 euros brut. Un ingénieur ou cadre en fin de carrière gagne 5 964 euros”

Ainsi, plus de 60% des cheminots toucheraient moins de 3000 euros.

Le train gratuit ?

Les agents SNCF bénéficient bien des voyages en train gratuits, ou à prix modiques, ne payant que la réservation. Leurs familles proches jouissent aussi de cet avantage en nature.

Ainsi, les conjoints et les enfants de plus de 21 ans des cheminots ne paient que 10% du prix des billets et bénéficient de 16 voyages gratuits. Même chose pour les parents et beaux-parents qui “disposent de quatre billets gratuits par an.”

Autre avantage en nature, la SNCF met à disposition en location, “dont une partie à loyer social”, des logements.

Quels congés et RTT ? 

Soumis aux 35 heures, les agents SNCF disposent de 28 jours de congés par an, soit un de plus que ce que dit le Code du Travail. Les RTT varient, quant à elles, selon la fonction au sein du groupe public. Au-dessus-de 7 heures de travail quotidien, elles leurs sont également octroyées.

Crédit : SCNF

Une retraite précoce ?

Une carrière à la SNCF donne aussi droit à un régime spécial de retraite, considéré comme plus avantageux que le régime général des salariés. Jusqu’à fin 2016, l’âge minimum de départ à la retraite était fixé à 50 ans pour les conducteurs et 55 ans pour les agents “sédentaires. Il a été depuis revu respectivement à 52 ans et 57 ans, contre 62 dans le régime général.

En 2015, le régime comptait 152 508 cotisants.