Suicide d'une employée de Tati : l'ancienne directrice du magasin condamnée pour harcèlement moral

MEHDI FEDOUACH / AFP

En 2012, France Javelle avait mis fin à ses jours en laissant des lettres accablant sa responsable. Celle-ci a été condamnée à un an de prison avec sursis.

Le procureur n’avait requis “que” 6 mois de prison avec sursis. La justice a finalement condamné Catherine C., ancienne directrice du magasin Tati de Barbès, à Paris, à un an de prison avec sursis pour harcèlement moral.

Tout est matière à me détruire. Je suis tout et rien. On m’humilie. C’est une descente aux enfers chaque jour (France Javelle)

L’une de ses salariées, France Javelle, qui travaillait pour l’enseigne depuis 25 ans, avait mis fin à ses jours en janvier 2012, laissant derrière elle des lettres accablant sa supérieure. “Tout est matière à me détruire. Je suis tout et rien. On m’humilie. C’est une descente aux enfers chaque jour”, écrivait-elle.

Ce mercredi 11 juillet, le tribunal a considéré que “les éléments établissant la culpabilité de Mme C. étaient nombreux, précis et concordants” et a justifié la peine par “la gravité des faits” de harcèlement qui ont eu pour “conséquence le long dépérissement de Mme Javelle… et son suicide”.

Une lettre évoquant 15 mois d’humiliations au travail

Sur le lit de France Javelle avait été retrouvé un tract syndical de 2008 intitulé “une scie pour diriger Tati Barbès” dénonçant la brutalité de la nouvelle directrice, et trois lettres manuscrites, noircies de quinze mois de souffrances et d’humiliations au travail.

L’inspection du travail, après avoir “entendu 51 personnes” sur les quelques 250 salariés du magasin à l’époque, avait conclu que c’étaient bien “l’attitude et les paroles de sa directrice” qui avaient “fait sombrer France Javelle dans une situation dépressive”. Et dressé d’une manière générale un bilan sévère de “l’absence de la prise en compte du risque psychosocial” chez Tati.

Un  “soulagement” pour la fille de France Javelle

Présente lors de l’audience, la fille de France Javelle a dit son “soulagement après six ans d’attente”, satisfaite d’une décision qui “condamne la directrice et qui parle aussi de la responsabilité de l’entreprise”. Cette dernière recevra par ailleurs 30.000 euros de dommages ainsi que 10.000 pour son fils. Quant au beau-fils de France Javelle, celui-ci bénéficiera de 10.000 euros. La justice a également accordé 2.000 euros à chacun au titre des frais de justice.

L’accusée, qui n’a cessé de parler de “calomnies”, se retranchant derrière les cadences infernales imposées par la direction de la marque au vichy rose et blanc, dans un contexte de concurrence tendue, était quant à elle absente lors du délibéré. Son conseil n’a pas dit si elle envisageait de faire appel de sa condamnation.