Yémen : offensive de la coalition sunnite contre une grande ville portuaire

AFP PHOTO / ABDO HYDER

Les forces fidèles au président yéménite en exil ont lancé, mercredi 13 juin, avec le soutien de la coalition arabe dirigée par l’Arabie saoudite, une vaste offensive contre Hodeïda, le principal port du Yémen aux mains des miliciens houthis.

Cette attaque, la plus importante en termes d’effectifs et de moyens depuis le début de la guerre il y a trois ans, inquiète les Nations unies et les organisations humanitaires qui craignent un désastre pour la population civile.

Les avions et les navires de guerre de la coalition sunnite ont pilonné les positions des Houthis pour faciliter la progression des troupes yéménites massées au sud de la ville, précise dans un communiqué le gouvernement yéménite en exil.

Selon un habitant, les miliciens chiites ont déployé des soldats et des véhicules militaires dans le centre-ville et près du port. De nombreux civils sont en train de fuire vers le nord et vers l’ouest du pays.

Selon l’ONG CARE International, l’une des rares organisations internationales qui opèrent à Hodeïda, la ville a été visée par une trentaine de frappes aériennes en seulement une demi-heure.

“Des civils se retrouvent pris au piège, d’autres sont forcés de quitter leur maison. Nous pensions que la situation ne pouvait pas être pire mais nous nous trompions”, a déclaré la directrice locale de CARE, Jolien Veldwijk.

Des témoins font état de “bombardements intenses et concentrés” près de la zone portuaire, rapporte la chaîne de télévision saoudienne Al Arabiya.  Quelque 600 000 personnes vivent à Hodeïda et dans ses environs. Les quatre cinquièmes des biens de première nécessité importés au Yémen transitent par son port.

 

Une situation humanitaire catastrophique

L’envoyé spécial de l’ONU pour le Yémen, Martin Griffiths, a appelé toutes les parties à revenir à la table des négociations.

“Je suis extrêmement inquiet de l’escalade militaire à Hodeïda et de ses conséquences humanitaires et politiques”, écrit-il sur Twitter. “Nous sommes en contact avec toutes les parties pour éviter une nouvelle escalade. Nous leur demandons de faire preuve de retenue et de s’associer aux efforts politiques en vue d’épargner à Hodeïda une confrontation militaire.”

Lise Grande, coordinatrice humanitaire de l’ONU pour le Yémen, a appelé les belligérants à faire “tout leur possible” pour permettre la livraison de l’aide à la population.

 

21 000 hommes mobilisés pour cette attaque

Une source militaire a précisé que 21 000 hommes avaient été mobilisés pour cette attaque, notamment des soldats soudanais et émiratis, des séparatistes du Sud-Yémen et un bataillon commandé par un neveu du défunt président yéménite Ali Abdallah Saleh.

“La libération du port d’Hodeïda est un tournant décisif pour reprendre le Yémen aux milices qui s’en sont emparées au bénéfice d’intérêts étrangers”, dit le gouvernement en exil dans un autre communiqué repris par les médias officiels yéménites.

C’est la première fois depuis que les armées étrangères sont entrées en guerre en 2015 pour ramener au pouvoir le président yéménite Abd-Rabbou Mansour Hadi, exilé en Arabie saoudite, que la coalition tente de s’emparer d’une grande ville aussi bien défendue.

Abou Dhabi avait appelé les Houthis, des chiites appuyés par l’Iran qui contrôlent le nord du pays dont la capitale, Sanaa, à se retirer au plus tard la semaine prochaine du port d’Hodeïdah, dans le cadre de discussions menées sous l’égide de l’Onu.

Les alliés occidentaux de l’Arabie saoudite, qui vendent des armes aux États de la coalition, n’ont pas dit publiquement s’ils approuvaient l’opération de reconquête d’Hodeïda.